Olivennes, Sarko, les pirates, et nous et nous

Ca fait quelques jours que je lis les réactions au « rapport Olivennes » sur le piratage internaute avec à la fois intérêt et perplexité. Difficile de trouver sa voie (et sa voix 😉 ) dans ces réactions toutes très partisannes.

En gros, les « marchands » sont contents, les défenses de consommateurs sont mécontents, la routine quoi. Le bon vieux coup du « 10 000 participants selon les organisateurs, 200 selon la police ».

D’un autre côté, j’ai souvent été choqué des discours très libertaires de certains, alors que certains ne font que défendre un comportement inacceptable de téléchargement à tout va.

Bon, et après ? J’ai été content de voir un avis posé et censé de Pierre Chappaz, qu’on ne peut pas accuser d’être anti-marchands (sa précédente entreprise, Kelkoo, vivait entièrement de « l’acte d’achat »), pro-libertaire (ses différents projets utilisent des technos propriétaires), ou anti-sarko (il l’a soutenu lors de la dernière présidentielle, si je me souviens bien). Et il reste très critique envers ce dossier, car il y a effectivement de quoi l’être.

Ce qui m’a frappé, en relisant le discours de Sarkozy suivant la remise du dossier, c’est le fait qu’il est à la fois très porteur pour le commun des mortels (le style « bon sang il a raison ! ») et choquant pour des gens plus au fait des détails du dossier. Plein de choses en fait peuvent heurter :

  • Le fait que Denis Olivennes soit à la fois juge et partie, puisqu’il est le patron de la FNAC, était sans doute maladroit, pour le moins
  • La façon dont se sont déroulés les auditions a été sujet à polémique (des fuites et commentaires ont filtré sur le rapport final avant que les parties les plus « libertaires » ne soient entendues, APRIL et autres)
  • J’aimerai vraiment qu’on puisse travailler sur de vrais chiffres sur la baisse d’activité des « majors », c’est pas dire pas seulement sur la baisse de vente des CD, mais en incluant le chiffre d’affaire des DVD musicaux, des téléchargements légaux sur le net, etc..
  • Déléguer tout le côté « délatoire » aux fournisseurs d’accès est à la fois une façon de bouter en touche, de les responsabiliser abusivement, et aussi de se débarasser d’une partie plutôt délicate : la faisabilité technique de tout ce flicage ! Mes amis de la PAFE diffusent leur propres films en peer-to-peer via eMule et consors, est ce que ça en fait des pirates ?
  • Comment filtrer alors ? Soit en coupant brutalement le robinet, en interdisant le P2P par exemple, ce qui serait particulièrement crétin, soit en rentrant plus dans le détail et donc en fouillant le contenu des données diffusées. Demander aux fournisseurs de le faire ? Il peuvent certes. Mais ça n’est pas si loin du fait de demander à un bistrotier d’écouter les conversations de ses clients au comptoir, et d’en faire des comptes rendu…
  • Prévenir les « fautifs » par mail est une mesure qui prouve la déconnexion totale de la réalité des auteurs de ce rapport : comme la plupart des utilisateurs d’Internet, je n’utilise JAMAIS l’email fourni par mon FAI, et je ne la consulte jamais : il n’y a que du spam ! Je préfère largement diffuser une adresse « neutre », qui ne changera pas le jour où je déciderai de changer de fournisseur.
  • Et enfin, et surtout, les déclarations de bonnes intentions sur le fait d’abandonner les DRM ne vaudront jamais grand chose tant qu’elles ne seront pas concrétisées par l’abandon de la loi DAVDSI, qui crédibilise complètement ces verrous.

Difficile de lutter contre un projet de loi qui va « dans le bon sens populaire ». Mais il faudrait effectivement qu’un jour, les décideurs comprennent que le domaine de la propriété numérique est infiniment plus complexe que le vol « dans la vie réelle », et que les internautes, même s’ils ont un comportement qui est tout sauf tout blanc pour une bonne partie d’entre eux, peuvent difficilement être comparés à des voleurs de poule…