Réflexions en vrac après la keynote Apple

  • Steve Jobs est apparu en bonne forme, a apparemment repris du poids, bref ça semble aller mieux, et même si ça n’a rien à voir avec une analyse technique, c’est une bonne nouvelle !
  • En revanche, je ne l’ai pas trouvé ébouriffant du tout sur sa prestation « keynote ». Quelques hésitations, il tournait un peu en  boucle sans m’avoir complètement convaincu « sur la forme ». Par contre, les plus attentifs auront pu voir quelques effets de transitions inédits sur Keynote (le logiciel)…
  • Et surtout, le défilé des démos par des prestataires externes fait de plus en plus ressembler la keynote en représentation de commerce pour l’AppStore… Et ça, ça a vraiment tendance à m’agacer…
  • D’une manière générale, le ton était donné, avec des « updates » d’intro qui étaient chiffrés en dollars. Je reste nostalgique de la période où l’on regardait les courbes de ventes en se disant « wouah, il s’est vendu tant de mac ». Là, on ne parle plus que d’argent. C’est peut être presque la même chose, mais pas tout à fait… Autant parler de sous puis passer Bob Dylan me gène un peu…
  • L’iPad laisse de toute manière l’impression d’être un terminal à contenu payant, et fermé jusqu’au moindre détail (qu’on ne me fasse pas croire que l’absence de Flash Player n’est qu’une considération technique !). Même son prix, pour une fois effectivement peu élevé « à une échelle Apple », semble calculé pour que les marges soient largement rattrapées en vendant du contenu
  • La plus grosse bêtise, à mon goût, est quand même l’absence de Webcam frontale. Pour économiser 10 dollars de hardware, l’iPad est privé de toutes les « killers apps » que pourraient être une vraie vidéoconférence performante (et une démocratisation d’iChat au passage), ou toutes les possibilités qu’offrent la réalité augmentée (d’ailleurs, à ce propos, que vient faire un compas s’il n’y a pas de possibilités de réalité augmentée ??).
  • Dans les mesquineries, l’absence de SDCard Reader, pourtant présent dans les dernières générations de MacBook Pro. Ou plutôt, il existe, mais sous la forme d’un moche adaptateur vendu en option. Pour tous ceux qui vont utiliser l’iPad à la place de leur cadre numérique, c’est vraiment…bof
  • Dans les GROS points positifs en revanche, l’effort énorme fait pour avoir une vraie interface prévue pour fonctionner de manière tacticle, contrairement aux démos qu’on a pu voir sous Windows Seven. Même iWork ! Agréablement surpris à ce propos que l’iPad puisse faire la promotion de la suite bureautique d’Apple (même si je suis un peu déçu de l’absence d’iLife, hormis un iPhoto-like : j’aurai adoré pouvoir voir un GarageBand ou un iMovie à la sauce tactile)
  • Et, surtout, surtout… L’interface Utilisateur est d’une simplicité désarmante. Une fois encore… On savait déjà que faire les choses de la manière la plus simple était souvent très complexe en informatique, Apple montre qu’ils ont une maîtrise absolue de tout cela…
  • Je ne doute pas que l’iPad devienne « le client idéal pour surfer sur le web », mais quels sites sont aujourd’hui optimisés pour fonctionner avec 768 pixels de large ?
  • Je ne me prononcerai pas sur l’aspect pratique du clavier, n’ayant pas encore pu (hélas) le tester
  • L’iPhone d’un côté, le Mac de l’autre, l’iPad au milieu… Ca en fait des synchronisations de données, ça… Pour le fanboy équipé des pieds à la tête Apple, je vois difficilement comment il peut s’en sortir sans abonnement à MobileMe pour faire ses synchros sans avoir à passer sans arrêt par une synchro USB… Et hop, un abonnement de plus dans les poches d’Apple…
  • La charge de batterie est impressionnante pour un device multimédia….mais décevante pour être un eBook reader… de la difficulté de faire un outil « à tout faire »….
  • Le fait d’utiliser un « iPhone OS » ne me gène pas outre mesure, vu que les fondamentaux (Unix…) sont les mêmes qu’un MacOS. Que l’iPad soit aussi fermé que l’iPhone est en revanche beaucoup plus perturbant…
  • L’élément le plus navrant est sans doute l’absence de multitâche… Ce verrou étant complètement artificiel (le système d’exploitation est tout à fait capable de l’encaisser, mais le limite à des fonctions style iPod), on peut espérer qu’il saute dans les mois à venir…
  • Seule « ouverture » notable, et appréciable : les livres lus par l’iPad sont au format ePub, format public et ouvert
  • Etrange que le BookStore fasse finalement l’impasse sur ce qui serait un gros « plus » exploitant les capacités de la bête : l’abonnement à des magazines. Je suppose que les négociations des semaines à venir avec les acteurs du marché vont aller en ce sens…
  • Le fait que la majorité des démos soient des démos de jeux est sans doute un symbole fort : même si le jeu sur tablet est un marché vierge, il risque effectivement d’être assez passionnant (j’attend avec impatience des jeux de société utilisant l’iPad !
  • Au niveau du hardware, l’objet semble joli et sympa à prendre en main. Poids et taille sont corrects, même si je regrette beaucoup d’avoir à revenir à un écran « 4/3 ». Pour un périphérique censé être le top du top pour visualiser des films, on repassera…
  • J’y reviens, mais le côté extrêmement fermé de la plateforme est quand même sacrément embêtant. J’essayais de me remémorer des soirées tranquilou à passer avec ma chérie affalé dans le canapé, et je me disais que l’iPad aurait été complètement inutile : on a regardé une émission sur M6Replay (c’était en Flash), puis un DivX (ça ne sera pas lu par Quicktime), et on laissait parfois le film en bruit de fond pour aller sur Facebook (ya pas de multitâche). Mouais… Frustrant, d’autant plus qu’on sait que les contraintes ne sont pas techniques !
  • Si je pousse la démonstration un peu plus loin en l’imaginant en support de projection Keynote pendant mes cours, cette fois il manque une télécommande (et le port IrDA qui va avec…).

Et un dernier mot concernant le nom même de ce produit : « pad » ne signifie rien pour nous, petits français, mais pour les américains, ça sonne un peu comme … »iTampax » !

En résumé, beaucoup de points négatifs pour une nouveauté qui reste très attirante, mais qui est encore plus imparfaite que ne pouvait l’être la première génération d’iPhone. Une partie de ces défauts seront sans doute corrigés dans les mois à venir, pour faire de l’iPad une vraie machine de guerre, mais la plus grande inconnue reste quand même le marché : l’effet « iWant » sera t’il suffisant cette fois ci ?

En tout cas, il est clair que la cible est ultra-grand public : l’iPad serait il l’ordinateur idéal de ceux qui n’aiment pas les ordinateurs ? C’est possible, et si c’est le cas, de la même manière que l’iPod était décrié à sa sortie, il devient difficile de critiquer l’engin avec nos critères de geeks. On ne peut qu’attendre de voir la réaction des utilisateurs « très grand public »…

J’attend surtout avec impatience l’arrivée des logiciels en tierce partie. Le contenu et l’imagination des développeurs pour amener l’iPad sur des terrains aujourd’hui inconnus seront des clés essentielles, à l’instar de l’iPhone, pour faire de ce nouveau produit un succès.